Des élèves acteurs de l'évaluation de leurs productions
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Marie Noelle SIMONARD

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Depuis quelques années, les enseignants de cycle 3 ont à leur disposition des outils d'évaluation nombreux dans le domaine de la production d'écrits. Ils se présentent généralement sous forme de listes de critères, utilisables directement par les élèves pour repérer si leur texte est réussi, c'est à dire s'il est conforme à chacun des points mentionnés[1]

Ces outils peuvent être une aide précieuse pour l'enseignant qui cherche comment évaluer avec plus de précision les écrits de ses élèves, ou mieux leur  expliquer ce qu'il attend d'eux, par exemple : "Quand peut-on dire qu'un conte est réussi ? et par conséquent "Que devra comporter leur texte?" L'évaluation peut jouer alors un rôle plus "formatif" que la traditionnelle note, la liste de critères se présentant un peu comme un "contrat" à respecter. L'élève est informé de ce qu'on attend de lui, de ce qu'il a -ou n'a pas- respecté.

Ainsi, les pratiques d'évaluation des enseignants ont-elles progressivement évolué vers une plus grande rigueur, mais qu'en est-il des pratiques des élèves ? Savent-ils utiliser ces mêmes outils pour S'évaluer, c'est à dire pour repérer eux-mêmes ce qui ne fonctionne pas dans leur texte et l'améliorer ? Il est fréquent d'entendre des enseignants - qui ont essayé de proposer à leurs élèves d'utiliser ces listes de critères pour relire leur texte - dire : "Ils cochent n'importe quoi !" "Ils disent qu'ils ont réussi pour ne pas avoir à corriger leur texte" ou encore "Ils ne voient pas ce qui pose problème dans leur écrit".
Faut-il alors en rester au constat que "les élèves ne sont pas capables de s'évaluer"? Pourquoi leur demander de le faire si l'enseignant le fait bien mieux ?

 

1 - Savoir écrire un texte, c'est savoir le "réviser", le relire, le réécrire
Dans l'article de Septembre 97 intitulé "Apprendre à lire et à produire des textes au cycle 3", nous avons présenté les processus mentaux en jeu dans l'acte d'écrire : Planifier / Mettre en texte / Réviser, réécrire. Savoir produire un texte, ce n'est pas seulement savoir le rédiger, c'est aussi être capable de le relire en se mettant à la place du destinataire, d'y repérer ce qui posera problème au lecteur : ambigüités, manques de précisions, incohérences, incorrections dans le langage… C'est pouvoir, à partir de ce constat, améliorer, ajouter, modifier, réécrire, plusieurs fois si c'est nécessaire, pour que le texte devienne davantage communicable et qu'il atteigne mieux son but.
Pour cette raison, les élèves ont besoin d'apprendre à évaluer leurs productions, c'est à dire à être "lecteurs critiques" de leurs propres textes pour les améliorer. Si l'enseignant s'en charge, il empêche l'élève de construire une part essentielle de sa compétence de producteur de texte. C'est au contraire en se trouvant fréquemment mis en situation de s'évaluer… que les élèves apprendront à s'évaluer ! La tâche de l'enseignant consistera à organiser les conditions pour que, effectivement, ils apprennent cela aussi quand ils apprennent à écrire.

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2 - Première condition : Ecrire un texte qui sera lu / utilisé par des destinataires
Comment apprendre à être lecteur critique avec un texte qui ne servirait à personne, ni à rien d'autre… qu'à montrer qu'on est capable d'écrire un texte ? Pour s'évaluer, il est indispensable de pouvoir se représenter le destinataire en train de lire / utiliser le texte produit, et de se demander : Comprendra-t-il ce que j'ai écrit ? Agira-t-il avec ce texte comme je veux qu'il agisse ? (Par ex. "Aura-t-il envie de visiter mon village?" s'il s'agit de réaliser un dépliant touristique à destination d'un correspondant) Aura-t-il envie de savoir la fin de mon histoire ? etc
En effet, comme nous l'écrivions dans l'article "Ecrire en projet" [2] , il est important que les élèves prennent conscience que, si certains critères sont importants à respecter, ce n'est pas en référence à une norme - il "faudrait" écrire tel texte de telle façon - mais pour que le texte atteigne le but pour lequel il est écrit. La réécriture n'est plus alors un exercice formel, pour satisfaire à la demande de l'enseignant, ou avoir une bonne note, mais un passage nécessaire pour que le projet de communication réussisse.

 

 3 - Deuxième condition : Des outils d'évaluation construits avec les élèves
Les élèves ne savent pas utiliser d'une manière pertinente les diverses listes de critères proposées dans les manuels parus récemment. Par ailleurs, ils les perçoivent  parfois plus comme un carcan que comme une aide. Ce n'est pas l'outil qui est en cause, c'est son mode de fabrication !
L'essentiel en effet, c'est bien que l'élève se construise peu à peu des points de repères qui constituent  SA  représentation du texte "idéal" à écrire s'il veut atteindre le but prévu. Qu'il SE les construise… et pas qu'on les lui "donne" tout prêts. ¨Pour être utilisés comme points de repères, ces critères de réussite doivent avoir été perçus comme posant un problème de communication s'ils ne sont pas respectés : Par exemple, comment faire pour que le texte de présentation d'un roman incite réellement les copains à lire le livre qu'on a aimé ? Ou comment permettre aux lecteurs de se représenter le fonctionnement de l'écluse qu'on est allé visiter ?…

Voici à titre d'exemple deux déroulements possibles d'une situation d'écriture permettant  aux élèves de prendre conscience de ce qui rendra leur texte compréhensible, lisible,  d'en expliciter les critères de réussite.
 

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Ecrire le texte de présentation d'un roman : Première séance d'apprentissage (environ 1h 30)

 

Démarche créative

Démarche d'anticipation

Présentation du projet d'écriture : Réaliser un affichage dans la BCD avec ds textes présentant des romans qu'ils ont aimés, pour inviter d'autres élèves à les lire. Discussion pour préciser, s'approprier le projet

Choix du roman par groupe de 2 à 4 enfants

Première étape identique

Premier essai d'écriture (individuel)

 

Se représenter le texte à écrire: Ont-ils déjà été incités à lire un roman avec un texte de présentation ? Où était ce texte ? Au dos du roman ? Dans une revue ?… Quelles en étaient les caractéristiques ?

Confrontations / Lecture critique

En petit groupe, les élèves ayant choisi le même roman comparent leurs textes : Qu'est-ce qui, dans chaque texte, est réussi ? Qu'est-ce qui donnera envie de lire le roman ?… Qu'est-ce qui risque de poser problème aux lecteurs du texte ? etc

Chaque groupe met par écrit les "conseils" qu'ils se donneraient mutuellement pour améliorer leur texte.

En petit groupe, les élèves mettent par écrit (sur affiche) "ce que devra comporter leur texte pour donner envie de lire le roman"

Les affiches des différents groupes sont mises au tableau. Comparaisons, discussions : Quels sont les critères de réussite qui apparaissent  sur plusieurs affiches ? Sont-ils d'accord pour compléter leur affiche avec des critères proposés par d'autres groupes ? Pourquoi ? 

 

Chacun améliore son texte, en essayant de tenir compte des conseils donnés, par exemple

- Ne raconter que ce qui se passe au début, mais sans donner de détails

-  Trouver un moyen pour qu'il y ait du "suspense"

-………

Améliorer la définition de ce qu'est un texte de présentation bien réussi :

 

 



[1] Citons par exemple
- "Expression Ecrite" Nathan
- le "Livre Miroir", Magnard Ecoles
- "Projet Ecrire" ACCES
-  (classeur)
 

[2] Voir "L'école et la famille de septembre 96, où sont proposés plusieurs exemples de projets d'écriture à conduire en cycle 3

 

 

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