| Ecrire en projet |
Dans l’article paru au mois de Septembre dans cette revue, ont été présentés quelques points de repères pour organiser la formation des enfants en lecture et en production d’écrits autour de la maîtrise de situations de communication. Cet article se propose d’explorer plus précisément ce que peut être un projet de communication écrite au cycle 3: quel “savoir écrire” veut-on ainsi construire ? Quels types de projets peut-on conduire ? A quelles conditions peuvent-ils être “moteurs” de l’apprentissage à l’écriture ? Comment organiser, pendant 3 ou 4 semaines, les différents apprentissages de français qui permettront la réussite du projet ET la construction de compétences chez les élèves ?
DES PROJETS DE COMMUNICATION POUR APPRENDRE A ECRIRESavoir écrire, c’est savoir produire un texte dont l’enjeu est d’être compris et utilisé par un destinataire - ce destinataire pouvant dans certains cas être l’auteur du texte. C’est être capable de se représenter son destinataire “en train de lire/utiliser” le texte que l’on a écrit, choisir la forme d’écrit, les mots, les tournures de phrases, relire son texte en se mettant à la place du lecteur, pour s’assurer qu’il est compréhensible et produira l’effet attendu.
Cet apprentissage ne peut pas se construire dans des situations d’écriture “scolaires”, où le seul projet pour l’élève serait de produire un texte conforme à une certaine norme, d’avoir une bonne note ou -dans le meilleur des cas- de réussir tous les critères de la grille construite ensemble.
Ce n’est QUE dans le cadre d’un projet où l’enfant écrit pour des destinataires qui ont vraiment besoin du texte, qu’il peut apprendre à se poser des questions de communication, constitutives du savoir écrire.Mon destinataire comprendra-t-il en lisant mon texte pourquoi il y a des pays riches et des pays pauvres ?… Sera-t-il intéressé pour lire le livre que je lui présente ?. Ou encore saura-t-il fabriquer tel objet ?. Prendra-t-il plaisir à lire le conte que j’écris ?…
EXEMPLES DE PROJETS D’ECRITURE POUR LE CYCLE 3D’autres exemples sont proposés dans l’article “apprendre à lire et à produire des écrits au cycle 3 (l’Ec. et la Famille - Sept 96 - page 9)
| ECRIRE pour… |
Exemples de PROJETS de COMMUNICATION |
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Raconter | • Transformer un court récit en bande dessinée, de manière à le rendre lisible par des enfants de CP ou CE1 • Écrire un conte que des enfants d’une autre classe mettront en scène |
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Décrire | • Après l’avoir dessiné, écrire le portrait d’un personnage extraordinaire pour le journal de l’école : les lecteurs devront, à la lecture du portrait, dessiner le personnage tel qu’ils l’imaginent et l’envoyer aux auteurs • Réaliser un dépliant touristique sur son village, à destination des correspondants |
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Expliquer, faire connaître | • Rédiger un questionnaire qui guidera la visite de… et permettra de récolter des informations précises • Après avoir visité…, réaliser un livre qui explique tout ce qui a été appris à cette occasion. Ce document sera mis à disposition de tous à la BCD |
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Faire agir | • Après avoir réalisé un dessin géométrique, écrire une fiche expliquant à d’autres élèves comment le réaliser |
UN EXEMPLE D’ORGANISATION D’UN PROJET D’ECRITURE AU CYCLE 3
Écrire la fiche qui permettra à un copain de réaliser un dessin géométriqueLa fiche de préparation ci-dessous est construite selon la trame proposée dans l’article de Sept 96, page 13.
| ETAPES
du PROJET |
CONSIGNES ET ORGANISATION
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DUREE ET CONTENU DES SEANCES |
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1 -
Négociation collective du projet
Faire
des liens avec les apprentissages antérieurs
Anticiper
sur le texte à réaliser | • Présentation du projet par l’enseignant : écrire à qui ? (copains de la classe puis d’une autre classe) pour quoi faire ? (pour qu’il réalise un dessin géométrique donné) • Aider les élèves à faire des liens avec des situations proches : Qu’ont-ils déjà fait qui ressemble à cela ? Quels sont les “outils” qui pourront leur être utile ? (Par ex. règles d’orthographe, fiche de vocabulaire géométrique…) • En petits groupes, reformulation de la consigne. Éventuellement, essai oral : un élève ayant en main un dessin géométrique, il donne des consignes à un camarade qui réalise le dessin. • Peuvent-ils repérer des “conseils” à se donner mutuellement avant de commencer ? •
Chaque groupe propose un conseil (à noter au tableau)
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Expression
orale et écrite Environ 30 minutes |
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2 - Premier
essai d’écriture | Individuellement
ou par groupe de 2 - Niveaux à peu près homogènes Chaque élève dispose d’un dessin géométrique (Deux dessins différents sont proposés, dont l’un est plus complexe à réaliser, le texte à produire étant par conséquent plus complexe aussi) Chacun s’essaie à produire un texte. L’enseignant est disponible pour répondre aux questions et observer comment les enfants s’y prennent pour réaliser la tâche.
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Production
d’écrit Environ 30 minutes |
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3 -
Confrontations entre un enfant “auteur” et un enfant “lecteur” | Chacun propose son texte à un élève qui n’avait pas le même dessin à réaliser. L’enfant lecteur essaie de réaliser le dessin en lisant le texte. L’enfant “auteur” l’observe sans intervenir. Ensuite,
ils cherchent ensemble comment améliorer le texte, en fonction des problèmes de
compréhension qui se sont posés au lecteur : ils ajoutent, modifient, complètent
(d’une couleur différente que celle utilisée pour le premier essai)
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Lecture puis
production d’écrit Environ 45 minutes |
| 4 -
Verbaliser des “conseils” pour réussir Identifier
des apprentissages ponctuels |
Chaque groupe présente une des améliorations qu’il a apportée à son texte et formule un “conseil” à garder par écrit pour écrire un texte qui atteigne son but. L’enseignant aide à la verbalisation. Élèves et enseignant repèrent si ces conseils seront faciles à respecter, ou si un apprentissage plus systématique est nécessaire : On a besoin d’apprendre à …
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Production
d’écrit Environ 30 minutes | |
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5 -
Activités d’aide à l’apprentissage
(Alternance
de phases de repérage, d’entraînement, et de phases d’amélioration du texte produit) | Selon les difficultés rencontrées - Certains verbes sont à l’impératif, d’autres à l’infinitif
- Manque de vocabulaire technique, précis
- Phrases juxtaposées, sans liens explicites
- Orthographe
- etc | …et le niveau du cycle - Repérer les différentes façons de donner un ordre. - Conjuguer les verbes à l’impératif - Utiliser un vocabulaire précis : verbes de consignes et vocabulaire géométrique (réalisation de listes) - Repérer dans chaque phrase les mots qui reprennent une information connue (règle de répétition) - Utiliser une grille de relecture pour l’orthographe - etc |
Conjugaison
Vocabulaire
et math
Grammaire
de texte
Orthographe
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6 -
Réécriture | Chaque
élève améliore (ou réécrit) son texte, en se référant aux conseils et en remobilisant
les apprentissages de grammaire, vocabulaire, conjugaison…
| Production
d’écrit | |
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7 -
Évaluation du projet … et
de la compétence | Les textes sont remis à une autre classe. Les élèves les liront pour réaliser un dessin géométrique. Ces dessins seront remis aux auteurs, qui pourront les comparer au dessin initial et repérer si leur texte a atteint son but. Écriture d’un nouveau texte…
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Production
d’écrit environ 1 h | |
QUELLES CONDITIONS POUR QU’UN PROJET D’ECRITURE SOIT OCCASION POUR CHACUN DE SE CONSTRUIRE DES COMPETENCES ?Si l’organisation d’un projet d’écriture est indispensable pour véritablement apprendre à écrire, ce n’est pourtant pas la solution “miracle” qui garantirait à coup sûr que chaque enfant progresse dans la construction de ses compétences. Pour cela, il est important que l’enseignant veille à ce que certaines conditions dans la conduite de ce projet soient respectées.
- Équilibre entre projet collectif et situations d’écriture individuellesProjet collectif ne signifie pas écriture collective. On risquerait alors de ne voir progresser… que ceux qui savent déjà bien écrire ! Il est indispensable de ménager des temps d’essais individuels ou par deux, dans lesquels chacun peut s’impliquer, se poser des questions, chercher comment résoudre tel problème de communication, etc.
- Des destinataires qui ont réellement besoin du texte qui leur sera communiquéLe fait que le texte écrit par un enfant paraisse dans le journal scolaire ou soit affiché sur les murs de l’école ne l’inscrit pas forcément dans un projet de communication : que vont en faire ceux qui le lisent ? Plus ce qu’ils ont à en faire requière une lecture attentive, plus l’ENJEU DE COMMUNICATION est fort et plus les auteurs auront le désir de s’impliquer dans l’écriture d’un texte réussi. Si l’on prend l’exemple du jeu de “portraits” proposé plus haut, l’enjeu est différent selon que les portraits sont simplement proposés dans le journal de l’école ou que l’on demande aux lecteurs du journal de dessiner à leur tour le personnage décrit.
- Des critères de réussite repérés par les élèves en référence à un but à atteindreCela signifie que la question à se poser en lisant par exemple le conte que l’on vient d’écrire n’est pas : “Est-ce que c’est un conte bien réussi ?” mais “Est-ce que les lecteurs prendront plaisir à le lire, auront envie de savoir la suite des aventures du héros…? Qu’est-ce qui favorise, ou empêche cela ?”En effet, si certains critères sont importants à prendre en compte, ce n’est pas en référence à une norme - tel texte s’écrit de telle manière- mais pour que le texte atteigne le but pour lequel il est écrit. C’est cela qui donne sens à ce type d’outil et permet aux élèves de l’utiliser comme une aide et pas comme un “carcan”.
- Des confrontations en cours d’apprentissage à des “lecteurs/utilisateurs”, pour s’assurer que le texte peut atteindre son butIl n’est pas facile pour des enfants qui ne maîtrisent pas l’acte d’écrire de prendre de la distance avec leur texte pour y repérer ce qui dysfonctionne. Ayant en tête le message qu’ils veulent transmettre, ils repèrent difficilement que ce message ne passe pas. Cette prise de conscience peut être facilitée en mettant l’élève en situation d’expérimenter
-en cours d’apprentissage
- si le texte qu’il a produit atteint son but :
S’il s’agit par exemple d’écrire une histoire pour qu’une autre classe la mette en scène, on peut proposer les essais d’écriture à des groupes d’enfants (non auteurs) qui les liront, essaieront de les jouer, puis viendront expliquer ce qui leur a posé problème. Ou encore, dans le cas de la réalisation d’un document qui explique ce qui a été appris lors d’une visite, demander aux lecteurs de nommer ce qu’ils ont appris, ce qu’ils n’ont pas compris.Cette confrontation à des “utilisateurs” facilitera la prise de conscience et l’explicitation des critères à respecter pour que le texte atteigne son but - bien mieux que les éventuelles annotations de l’enseignant en marge du texte…- et motivera la réécriture.
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Retour accueil CEPEC. Page mise à jour le 11/10/03