Lire des textes pour apprendre à lire
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Paru dans la revue N°8, mai 1997 

 

Josseline FERRAS


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Comment peut-on tout à la fois lire des textes et apprendre à lire ? Comment peut-on faire ce que l'on ne sait pas faire puisqu'on doit l'apprendre ? Comment un élève qui connaît peu le code peut-il lire un texte ? Et puis quels textes peut-il lire ? Et surtout comment les lit-il ? Comment peut-on savoir ce que les élèves ont lu, compris... ?
 
Toutes ces questions souvent posées par les enseignants sont la "base" de cet article.
 
Un des premiers éléments de réponse concerne l'apprentissage. En effet, il en va pour l'apprentissage de la lecture comme de tout autre apprentissage : c'est bien en montant sur des planches que l'on apprend à skier, c'est bien en prenant des photos que l'on devient photographe, c'est bien en s'installant au volant d'une voiture qu'on devient conducteur. Alors, c'est en LISANT que l'on devient LECTEUR.
 
 
1—   Devenir lecteur
 
Etre lecteur, c’est comprendre avec les yeux un message dont on a besoin ; être lecteur, c’est donc être capable d’adapter sa stratégie de lecture à la situation à laquelle on est confronté : situation qui dépend essentiellement du projet que l’on a... Lit-on de manière identique une BD que l’on veut raconter à ses camarades et la même BD que l’on veut mettre en scène pour la fête de l’école ? Et qu’en est-il de la description du paysage que l’on doit peindre et de celle qu’on décrit aux camarades pour qu’ils la retrouvent dans un manuel ?
A projet différent, stratégie de lecture différente.
 
Devenir lecteur, c’est vivre des situations de lecture, situations où l’enfant a besoin de lire pour... raconter, expliquer, dessiner, agir...
 
L’élève doit élaborer un produit (objet, dessin, texte...) à partir d’un texte, en fonction de son projet. Si l’apprentissage complexe qu’est celui de la lecture se construit lors de confrontations à des situations de lecture, il nécessite également la mise en œuvre de nombreuses connaissances de nature et de niveaux variés :

  connaissances relatives aux situations de lecture qui permettent de mobiliser des façons de lire adaptées, selon que l’on lit pour soi ou pour d’autres, pour s’informer ou se distraire... ;

 

  connaissances relatives au contenu du message, au vocabulaire rencontré, qui permettent de construire le message en prenant appui sur le sens des mots... ;

 

  connaissances relatives aux codes de la langue écrite, qui permettent d’affiner la compréhension du message en utilisant les indices fournis par la ponctuation et en identifiant le genre et le nombre des mots, les temps verbaux... ;

 

  et bien sûr des connaissances concernant les correspondances phonies/graphies.


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2—  Démarche d’un apprenti lecteur
 
Lire, c’est aller du connu vers l’inconnu. Un enfant qui procède par prise d’indices, émission d’hypothèses et vérification d’hypothèses réduira la part d’inconnu d’un texte tout au long de  sa découverte du texte (sans pour cela la faire disparaître entièrement) en s’appuyant sur ce qu’il connaît.
 
 
Le message à découvrir est perçu comme un tout, non comme une juxtaposition de mots à découvrir.
 
D’où questionnement: pourquoi ce message ? A quoi va-t-il m’être utile ? Que vais-je pouvoir en faire ?…
Une première prise d’indices rapide (par exemple dans le format, la mise en page, les titres, images, etc.) va permettre de restreindre la questionnement, de le préciser:
 
La zone d’inconnu se trouve réduite. De nouvelles questions sont posées, de nouvelles hypothèses avancées.
Les indices sont pris de façon non linéaire, en allant à une information de plus en plus précise, de plus en plus pointue.
 
On entend par indices ce qui est mentionné plus haut, et aussi :
— les mots reconnus parce que déjà rencontrés, ou parce que présents dans l’environnement ;
— les lettres, “morceaux de mots”, qui - par mise en relation avec du connu, d’autres mots ou même groupe de lettres - vont permettre de vérifier une hypothèse de sens sur un mot inconnu.
 
 
Le champ de l’inconnu peut disparaître complètement (par exemple pour une lecture de consignes où tous les éléments d’information donnés sont importants pour une bonne exécution de la consigne); ou ne pas disparaître tout à fait : il est possible de prendre plaisir à lire une histoire où tous les mots n’ont pas été compris, de trouver l’information que l’on cherche dans un document sans avoir tout lu…
 
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3—  Exemple de séance
 
Dans cette séance est décrite une situation d’apprentissage dans laquelle des élèves de CP ont à lire une fiche de bricolage pour faire réaliser un objet par un autre enfant de la classe.
 
3.1. Texte servant de support d’apprentissage
Les têtes-assiettes
Tu dois préparer des catalogues et aussi

Deux assiettes en carton

des ciseaux

de la colle

de la laine

Fabrique tes têtes-assiettes.

Dans les catalogues, découpe des nez, des yeux, des sourcils, des bouches.

Sur l’assiette en carton, mets les yeux, le nez, la bouche, les sourcils... Colle-les.

Pour les cheveux ou la barbe, ajoute des morceaux de laine.

 
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3.2. Déroulement de la séance
 

DESCRIPTIF

COMMENTAIRES

Pendant la première partie de la séance, la moitié de la classe travaille sur la compétence, l’autre moitié est occupée à un travail autonome.

Il faut veiller en construisant la fiche à ce qu’elle contienne une part de connu (et une part d’inconnu): quelques schémas pour aider les élèves à formuler des hypothèses avec la nécessité de recourir au texte pour les vérifier.

1 - Présentation de la situation

Avant de resituer la séance, le maître distribue le texte et questionne les élèves:

Que voyez-vous?

Quel est ce texte?

Que pouvez-vous y trouver?

Que pouvez-vous faire avec ce texte?

Après un temps d’analyse du support, les élèves répondent puis le maître articule la réponse avec le projet d’activité.

Il donne alors la consigne: “Après avoir lu le texte, vous aurez à expliquer à un autre enfant ce qu’il faut faire. Vous devrez également lui fournir le matériel.”

 

 

 

Les questions posées aideront les élèves à construire des indices portant sur les caractéristiques du texte et la tâche à accomplir.

2 - Réalisation

 

Le maître aide à reformuler les “conseils pour réussir”.

 

Les élèves lisent le texte individuellement. Ils ont pour s’aider des référents “verbes”, “matériel” élaborés lors des situations précédentes.

 

Par groupes de 3, les élèves interagissent sur ce qu’ils ont compris et ce qu’ils vont dire (de mémoire) à leurs camarades.

 

Le maître passe dans le groupe pour prélever des informations sur la compréhension du texte.

(A présent tous les élèves participent à l’activité).

Chaque enfant lecteur choisit un enfant dans le groupe “travail autonome” afin de lui donner des indications pour qu’il puisse réaliser l’objet attendu.

Il lui donne le matériel nécessaire à la fabrication.

Il donne les consignes à l’enfant qui ne connaît pas le texte et qui réalise l’objet.

Le maître observe le déroulement de l’activité.

 

 

 

 

Les lexiques vont alors aider les enfants à lire les mots de la fiche, les entraîner à mettre en relation les mots d’un nouveau texte avec les mots connus, à fixer en eux la forme écrite de ces mots.

Le fait d’interagir va amener certains enfants à constater que leur proposition ne convient pas. Cette mise à distance est difficile à pratiquer seul. La confrontation en petits groupes est plus incitatrice.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il n’intervient pas pour faire rectifier les erreurs. Il observe comment les élèves s’y prennent de façon à repérer les difficultés rencontrées et à proposer d’autres activités (à d’autres moments) visant à aider les élèves à résoudre ces difficultés.

3 - Confrontation des réalisations

 

Chaque groupe présente sa production.

Les élèves reprennent le texte, critiquent, comparent, évaluent le produit en fonction de la liste de critères.

 

 

 

Le maître anime, fait prendre conscience des démarches utilisées.

Le but de ce travail n’est pas que les élèves réussissent parfaitement ce qui est écrit. Le fait de ne pas avoir totalement réussi va être moteur pour apprendre et progresser. Cela va inciter chacun à retourner à la fiche pour y prendre des indices. Les élèves mettent alors en jeu une démarche de vérification d’hypothèses, un comportement de lecteur.

 

Des connaissances, des procédures s’installent, se renforcent et peuvent être mises à plat.

 
3.3. Des grilles de conseil élaborées avec les élèves
 
Ces grilles concernent toutes les deux la compétence : “lire une fiche technique pour réaliser un bricolage”.
 
La première grille est en référence aux “conseils pour réussir” (cf. Déroulement, 2. Réalisation) alors que la deuxième correspond à la liste de critères (cf. Déroulement, 3. Confrontation des réalisations).
Cette liste de critères qui est une description fine du produit attendu permettra aux élèves de mieux se représenter le produit à réaliser et à prendre conscience de ses réussites et ses difficultés.
 
3.3.1. Conseils pour réussir
 
(Cette liste est élaborée sous forme de questionnement.)
Quand je lis une fiche de bricolage, je me pose des questions :

 

sur tout le texte :

         — Qu’est-ce que je fabrique ?
         — De quel matériel ai-je besoin ?
         — Est-ce que j’ai déjà fait quelque chose qui ressemble à cela ?
         — Est-ce qu’on me dit tout ce que je dois faire ?

 

pour chaque étape :

       Que dois-je faire ?
         — De quel matériel ai-je besoin ?
         — Qu’est-ce que j’obtiens à la fin de chaque étape ?
 
 
 
3.3.2. Grille de critères
(Concernant le produit manifestant la compréhension de lecture)
L’objet est réussi si :
• tout le matériel nécessaire est utilisé ;
• seul le matériel nécessaire est utilisé ;
• toutes les étapes sont réalisées ;
• les étapes sont réalisées en ordre ;

 

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