| Les ats plastiques : une approche de la créativité |
Elisabet
LHERITIER
Le cycle 2 a pour fonction de faciliter le passage de l'école maternelle à l'école primaire. Il permet aux enfants de s'intégrer dans un lieu d'apprentissage et donc de s'adapter à des règles, des lois, des modes de fonctionnement nouveaux. Mais, peut-on, dans le même temps, préserver et enrichir la créativité des élèves ? Celle-ci est sans doute un atout pour la réussite dans l'ensemble des disciplines, et, les temps de travail en Arts-Plastiques constituent des lieux privilégiés pour en assurer le développement. Aussi, quelles propositions faire aux élèves, et comment conduire les séances de travail en Arts-Plastiques pour qu'elles laissent place à la créativité ? Les repères pédagogiques et les exemples d'activités explicités dans cet article apporteront des éléments de réponse à cette question.
Comment définir la créativité ?Toute personne, et en particulier l'enfant, éprouve le besoin d'exprimer par la parole, le geste, l'écriture, le graphisme.... ce qu'elle pense, ce qu'elle ressent.
Mais, cette spontanéïté devient créativité lorsqu'elle répond à un projet par la recherche des moyens d'expression les plus pertinents lorsqu'elle s'appuie alors sur une attitude réfléchie et volontaire. Celle-ci permet alors d'utiliser de façon délibérée la multitude des moyens techniques, des codes, et des concepts caractérisant le support d'expression choisi. La créativité permet alors d'apporter une réponse personnelle et originale à une proposition.Des principes pédagogiques au service de la créativitéa- Une articulation entre les activités d'expression et les apprentissages techniques
La recherche d'un équilibre entre la fantaisie (attitude spontanée) et la rigueur (attitude réfléchie) caractérise les temps de travail en arts plastiques. Les productions réalisées par les élèves relèvent d'un compromis entre des actions spontanées et la prise en compte de règles, de concepts propres à la discipline.
En effet, le seul travail technique, s'il donne de bons résultats rapides et efficaces, ne permet pas d'exploiter et d'enrichir le potentiel imaginaire des élèves. C'est lorsque les règles sont mises au service d'activités de créativité qu'elles peuvent donner un élan nouveau à l'expression. Elles prennent alors tout leur sens et deviennent motivantes.
Ainsi, les temps de travail en arts plastiques susciteront l'utilisation d'un langage personnel qui emprunte à un code spécifique qui est celui de la discipline.
b- La situation problème au service de la créativité
En arts plastiques, la situation problème se caractérise par la proposition d'une production à réaliser (en surface ou en volume) en tenant compte d'un certain nombre de contraintes liés aux concepts plastiques ou aux techniques. Ces contraintes feront l'objet d'apprentissage. Mais, la situation problème en arts plastiques est aussi et surtout la source de productions originales divergentes. Elle se différencie ainsi d'une simple consigne de travail. Lors d'une séance d'arts plastiques conduite autour d'une situation problème, l'accent est mis sur la variété des techniques et des matériaux qui pourront être utilisés en réponse à un même projet.
Par exemple, demander aux élèves de dessiner la forêt qu'ils ont visitée ou de composer un plateau de fruits rouges appelle des réponses semblables. En effet même si les techniques ou couleurs employées ne sont pas les mêmes, les productions réalisées seront toutes des forêts ou des plateaux de fruits. Par contre, si les enfants cherchent à illustrer "le vert et rien que le vert", ils pourront alors composer un tableau en noir et blanc représentant des objets naturellement vert, ou réaliser une mosaïque de morceaux de papier de différents verts déchirés et coller, ou encore jouer graphiquement avec les lettres du mots VERT.... Dans un même temps et en répondant à la même proposition de travail les enfants laissent place à leur imagination, à leur créativité en utilisant des modes d'expression variés et personnels.
Quelques exemples de situations problèmes :
- transforme les images pour illustrer un univers tout en désordre
- représente le vert, rien que le vert
- Fais un tableau avec beaucoup de bleu et beaucoup de jaune
- imagine le pays bleu
- réalise une peinture où les lignes font la fête
- dessine un tableau pour placer dans la galerie du rire
- illustre l'expression : rond, rond comme un ballon
- se construire un habit de lumière
c- La mise en valeur des divergences par la verbalisation
Le travail de production à partir de situations problèmes visant des réponses divergentes ne suffit pas pour favoriser le développement de la créativité. Des temps de mise en valeur, de présentation et de discussion à partir des activités réalisées permettront aux élèves de verbaliser les liens existant entre le projet visé (défini par la situation problème posée) et les productions obtenues. Leur validité dépend de leur adéquation aux contraintes précisées dans la situation problème.
Ces temps de réflexion, d'analyse et de prise de conscience ont pour but de réguler les créations en mettant en évidence leur cohérence avec la situation problème. Il s'agit alors, par la verbalisation, d'amener les élèves à mesurer les écarts entre celles-ci et les contraintes posées. Dans tous les cas les interactions maître\élèves ou élèves\élèves s'organisent autour d'un échange à propos de la divergence dans les démarches adoptées et les productions obtenues. Elles ne visent pas une recherche de convergence.Les séances conduites avec les élèves ont pour fil conducteur le recherche de réponses plurielles à une situation problème posée. Mais la recherche d'un enrichissement de la créativité demande aussi la mise en place d'une démarche d'enseignement spécifique.
Un déroulement en trois tempsLe travail en réponse à une situation problème se déroule en trois phases : la découverte, la maîtrise, et enfin l'expression.
Lors de la découverte les élèves sont amenés à prendre conscience des acquis qu'ils possèdent et de ceux qui seront à travailler pour répondre de façon pertinente à la situation problème posée. La phase de maîtrise permet une approche plus précise d'une technique ou d'une notion plastique (la couleur, les lignes, les contrastes, les aplats....) nécessaire à la réalisation de la tâche. Enfin, dans la phase d'expression chaque élève réalise une production originale qui constitue sa réponse au problème posé. Il réinvestit alors les découvertes faites dans les deux premières phases du travail.
Chacune de ces étapes est conduite de façon à susciter chez les élèves leurs capacités de créativité. Dans ce but, elles s'organisent aussi en trois temps. Pour commencer une phase d'incitation à l'action laisse place aux réponses plus ou moins spontanées que les élèves donnent à une sollicitation. Les résultats obtenus sont des productions intermédiaires, passagères qui serviront de support de discussion et de questionnement. Elles alimentent la réflexion qui est conduite dans le deuxième temps. Sont alors identifiées les difficultés rencontrées, les liens existant entre le projet et sa réalisation, mais aussi les démarches et moyens différents et variés utilisés. Enfin, les temps de production favorisent le réinvestissement des éléments mis en évidence et travaillés lors de la réflexion. Les réalisations tiennent alors compte des principes dégagés, des notions et techniques maîtrisées.
Chaque séance de travail se déroule donc ainsi :
1° phase : découverte en trois temps : incitation, réflexion, production
2° phase : maîtrise en trois temps : incitation, réflexion, production
3° phase : expression en trois temps : incitation, réflexion, productionDes exemples de séances d'activités(Les séances d'activités présentées ici peuvent être fractionnées et conduites sur plusieurs jours. Elles ne correspondent pas forcément à un seul temps de travail)
Exemple n°1
Situation problème proposée
Traduire par la transformation d'une image un monde bizarre, un monde tout en désordrePhase de découverte
a- incitation
Les enfants ont à disposition des images ou photos de visage et le travail consiste à chercher comment les transformer pour qu'on ne puisse plus reconnaître les personnages.
Le travail est individuel.
b- réflexion
Par la découverte des travaux de chacun, constituer un répertoire des différentes façons de transformer une image (ajouter des éléments, décomposer l'image, compléter\agrandir une image, déplacer des éléments, diviser ...).
c- production
Pour illustrer l'inventaire, retrouver dans des catalogues d'images : publicité, tableaux de maîtres, productions d'élèves, bandes dessinées....des images correspondant à chacune des transformations identifiées. Compléter l'inventaire si nécessaire.
Exemple de référents culturels :
- Max Ersnst : l'éléphant célèbre
- Salvatore Dali : La tentation de Saint AntoinePhase de maîtrise
a- incitation
Une reproduction de maître est donnée à chaque groupe d'environ six élèves.
Les élèves se répartissent les parties de l'image qu'ils veulent découper et ensuite placer d'une autre façon et\ou compléter afin d'obtenir une nouvelle image bizarre.
Les différentes parties du découpage sont simplement posées sur une feuille mais pas fixées.
b- réflexion
Chacune des productions des groupes est observées et critiquées en tenant compte des contraintes du problème posé : toutes les parties de l'image sont utilisées, l'image constituée est bizarre.
Les enfants ont pour consigne de donner leur avis sur le respect de ces contraintes, d'identifier les techniques employées et de proposer des idées pour faire mieux, ou autrement.
c- Production
Les enfants terminent leur tableau. Ils fixent chacun des éléments découpés en reprenant les idées qui leur ont été donnée et en cherchant à répondre au mieux au projet.
Phase d'expression
a- incitation
Les techniques possibles pour transformer une image sont rappelées par les élèves.
La situation problème est annoncée aux élèves : construire un monde bizarre en transformant une image, une photo représentant un paysage ou un personnage, ou un objet.
Les enfants choisissent l'image qu'il veulent transformer.
b- réflexion
Par groupe de quatre, chaque élève présente ce qu'il compte faire avec l'image qu'il a choisi. Les autres membres du groupe questionnent ou proposent d'autres idées.
c- production
Chaque enfant réalise un tableau en utilisant la technique qui lui convient : graphisme, collage, peinture, découpage......et les modes de transformations qu'il choisit : ajouter, prolonger, multiplier, déplacer, diviser.........
Exemple n°2
Situation problème proposée
Présenter un personnage clair/obscurPhase de découverte
a- incitation
Conduire avec les enfants des observations concernant la lumière : les effets des variations de lumière, organiser avec les enfants des coins clairs, d'autres obscurs, rechercher les enfants qui portent leurs habits de lumière, constituer des groupes sombres/lumineux......
b- réflexion
Elle accompagne chacune des observations. Les enfants sont amenés à nommer pourquoi tel endroit, tel habit....peut être qualifié de sombre, de lumineux
c- production
En utilisant de la peinture ou du papier coller, les enfants choisissent de mettre de la lumière sur une surface sombre ou d'assombrir une surface claire.Phase de maîtrise
a- incitation
Repérer les différents éléments composant un tableau de maître : les personnages, les objets mais aussi les couleurs, les formes, les techniques......Exemples de référents culturels
Van Gogh : les mangeurs de pomme de terre
De La Tour : la nativité
Voir aussi des oeuvres de Matisse, Goya
b- réflexion
Identifier dans les tableaux ce qui est clair/obscur. Dire pourquoi et la ou les moyen(s) employés pour rendre cet effet.
c- production
Par groupes de trois les enfants classent des tableaux : les tableaux lumineux, les tableaux sombres, les tableaux présentant des clairs/obscurs. Ils justifient leur choix ;
ou
les travaux commencés lors de la première phase de production sont repris et complétés avec d'autres matériaux (craies, tissus....) pour accentuer les effets de clair/obscur ;
Phase d'expression
a- incitation
Présentation de la situation problème : présenter un personnage clair/obscur.
Les élèves ont à leur disposition des habits de déguisement, des papiers divers, des poupées et des habits de poupées, des têtes de marottes, du matériel pour faire des marionnettes, des volumes (boites divers, grosses boules de cotillon...). Ils peuvent donc se transformer en un personnage clair/obscur, transformer une poupée, construire un personnage en volume, faire un dessin, une peinture, un collage.
Avant d'agir les enfants choisissent le matériel qu'il compte utiliser et explicitent ce qu'ils veulent faire.
b- réflexion
En cours de travail, par groupes de 4 ou 5 les réalisations sont critiquées en fonction de la consigne donnée. Des idées pour améliorer (renforcer le clair ou l'obscur....) sont proposées par les enfants membres du groupe.Exemple n°3Situation problème :
Les lignes ouvertes et fermées font la fête
Phase de découverte
a- incitation
Proposer aux enfants différents objets (légos, cartes de jeux, crayons, rouleaux de carton.....) ou matériaux (feuille de papier, morceaux de tissus, laine....). Ils ont pour consigne d'en choisir un et de trouver à 3 ou 4 une organisation pour les présenter sur une surface horizontale une table, une feuille, un tapis....
b- réflexion
Chacune des réalisations est observée avec pour consigne de trouver le ou les mode(s) d'organisation choisis par le groupe.
Des travaux d'artistes utilisant de façon privilégiée les lignes sont présentés et comparés avec les travaux des enfants.
c- production
Chacune des réalisations des groupes est modifiée pour qu'elle présente plus de lignes et des lignes diverses. Les choix faits sont explicités.
Phase de maîtrise
a- incitation
Les enfants identifient dans des productions graphiques antérieures celles qui contiennent des lignes et nomment toutes les sortes de lignes qu'ils observent.
b- réflexion
A partir d'une production donnée, exécutée par le maître, et ne contenant que des lignes ouvertes ou fermées, faire découvrir aux enfants par le questionnement les différentes caractéristiques de ces lignes : le point de départ, d'arrivée, les modalités de jonction entre elles, les surfaces qu'elles délimitent.....
c- Production
Les élèves réalisent individuellement une peinture en n'utilisant que les lignes ouvertes ou fermées.Phase d'expression
a- incitation
Présentation de la situation problème : les lignes ouvertes ou fermées font la fête
Présentation du matériel et des consignes de travail : en utilisant tous les matériaux mis à disposition (boules de cotillon, laines, tubes, réglettes, peinture, craies....) transformer les tableaux réalisés en peinture dans la précédente phase de production pour que la fête soit encore plus gaie.
Les élèves font des projets de transformation.
b- réflexion
Les élèves réfléchissent à la façon de donner une valeur expressive à leurs lignes. Ils sont amenés par le questionnement du maître à discuter le choix des couleurs, des matériaux, des dimensions des lignes, des caractéristiques de leur tracé (droit, sinueux...).
c- production
Chaque enfant complète sa première production.
![]()
Retour accueil CEPEC. Page mise à jour le 11/10/03