L'addition, une opération bien complexe
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Xavier DE BEAUCHESNE
Paru dans la revue n°8, mai 1997

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L’addition est la première opération enseignée aux enfants. Elle est aussi supposée la plus simple. Or cette apparente simplicité cache une réelle complexité quant au sens donnée à cette opération
On sait déjà qu’en mathématique, l’addition :
- n’est définie que sur un ensemble d’objets de même nature
- que le calcul se fait sur des nombres et que le résultat de cette opération est une somme.
Mais ceci étant défini, il reste à distinguer les types de situations dans lesquelles l’addition est nécessaire. C’est le sujet de cet article.
Gérard Vergnaud [1] distingue quatre situations additives, c’est à dire quatre activités dans lesquelles la question posée se résoud par la somme ou la différence des nombres présents. dans cet article, nous ne nous intéresserons qu’à la somme.
 

Quelles sont les situations qui font appel à l’addition?

Voici quatre problèmes dont la solution est une somme.
Ces exemples supposent le traitement de situations additives. mais la maîtrise de la technique de l’opération n’est nullement requise.
 
I- Lucie a 10 livres, son frère Maxime en a 15.
- Combien en ont-ils à deux?
II- Dominique a 10 litres d’essence dans son réservoir. Elle en rajoute 25 litres.
- Combien en a-t-elle maintenant?
III- Pauline possède 150 francs dans son porte monnaie. Amandine en a 50 de plus.
- Combien en a Amandine?
IV- Thomas a grandi de 15 cm soit 7 cm de moins que Hugo.
- De combien Hugo a-t-il grandi?
Au premier abord rien ne différencie vraiment ces quatre problèmes, la solution s’obtient pour chacun d’eux en recherchant la somme des nombres donnés dans l’énoncé. Et pourtant il s’agit de quatre réalités différentes.
  Dans le premier problème, il s’agit de regrouper deux quantités. Il y a composition.
  dans le deuxième, il s’agit de modifier une quantité, Il y a transformation.
  dans le troisième, il s’agit de comparer deux quantités. Il y a comparaison.
  enfin dans le dernier, il s’agit de regrouper deux transformations.
Il y a combinaison de transformations.
 
Les représentations de ces problèmes, elles mêmes, sont différentes selon les situations. La présentation qui suit regroupe les quatre situations, leur définition et des représentations possibles pour chacune d’elles.

Représentations des situations utilisant l’addition

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Situation de composition : deux quantités existantes sont regroupées pour donner une nouvelle quantité. L'état final (EF) est la composition des deux états initiaux(EI).

Représentation             

 

Il y a des compositions dans les problèmes suivants :

1-1 Caroline a 14 billes dans sa poche et 9 dans sa main.
Combien en a-t-elle en tout?
1-2/ Cette année, il y a 8 jours de vacances à Toussaint, 15 jours à Noël, 8 jours en février, et 15 jours à Pâques.
Combien cela fait-il de jours de vacances ?
1-3 Aujourd’hui à la cantine, il y a,  à ma table, 6 garçons et 5 filles.
Combien y a-t-il d’enfants à ma table ?
 

 

Situation de transformation : à partir d'un état, une quantité évolue vers une autre quantité. L'état final (EF) est la transformation de l'état initial (EI) par une quantité (Q) donnée.

Représentation             
 

Il y a des transformations dans les problèmes suivants :
2-1 Martin gagne 9 billes. Il en avait 14.
Combien en a-t-il maintenant ?
2-2 Dans le car de ramassage scolaire, il y a déjà 5 élèves. Au premier arrêt, 3 élèves montent. Au deuxième arrêt, 7 élèves montent. Au dernier arrêt, 9 élèves montent.
Combien d’élèves vont descendre de ce car à l’école ?
2-3 La semaine dernière nous avions mesuré la tige de la tulipe. Elle mesurait 7 cm. Si je te dis que cette semaine elle a grandi de 12 cm
Peux-tu me dire quelle est sa taille maintenant ?

 

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Situation de comparaison : on étudie l’écart, l'intervalle, entre deux états (E). Il n'y a pas de changement d'état, l’écart (é) n'étant qu'une valeur hypothétique.

Représentation             

 

Il y a des comparaisons dans les problèmes suivants :

3-1 Dominique a 14 billes dans une boîte. C'est à dire 9 de moins que dans l'autre boîte
Combien en a-t-elle dans cette autre boîte?
 
3-2 Au marché, le prix  ne sont pas les mêmes que chez l’épicier. Complète le tableau

 

Prix au marché

Différence de prix

Prix chez l’épicier

Oranges au Kilo

12 Francs

2 francs de plus chez l’épicier

 

Endives au  kilo

 

3 francs de moins chez l’épicier

7 Francs

Bananes au Kilo

8 Francs

5  francs de moins au marché

 


3-3 François a 27 Francs. Il a 12 francs de plus que Nicolas.
Combien d’argent a Nicolas ?
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Situation de combinaison de transformations : ni l'état initial, ni l'état final ne sont connus. Le calcul porte sur une transformation qui est elle même la combinaison (C) de deux autres transformations (T).
Représentation             
Il y a des combinaisons de transformations dans les problèmes suivants :
4-1 Aurélien a gagné 9 billes de plus que Grégory. Grégory en avait gagné 14.
Combien Aurélien en a-t-il gagné?
 
4-2 Dans son jardin Papa a rajouté 10 rosiers. Notre voisin en a rajouté  7.
Combien en ont-ils rajoutés à eux deux ?
 
4-3 Après les soldes, les prix des fournitures scolaires ont augmenté.
Un cahier coûte 1 franc de plus que pendant les soldes.
Un stylo encre coûte 2 francs de plus.
Un classeur coûte 5 francs de plus.
De combien la note aura-t-elle augmentée si je m’achète un cahier, deux stylos et un classeur  après les soldes?
 

Les nombreux exemples qui accompagnent ces définitions ont pour but de mettre en évidence qu’en dehors de l’opération utilisée, les situations additives ont parfois peu de points communs entre elles.
Il est donc important de tenir compte de cette caractéristique lorsqu’on aborde les résolutions de problèmes mettant en jeu des situations additives pour éviter  d’enfermer les élèves dans une procédure de résolution stéréotypée.
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Que faire de cela dans la classe?

Il ne s’agit en aucun cas de “faire apprendre” aux enfants les différentes définitions données ci-dessus, ni même d’utiliser en classe les termes proposés qui sont trop complexes pour des élèves du cycle 2.
 
• Il est par contre utile que les enseignants les maîtrisent pour eux-mêmes afin d’être attentifs à proposer aux élèves des problèmes de même nature lors des apprentissages et des évaluations.
 
• Il est aussi utile de proposer aux élèves des problèmes tirés des quatre situations additives pour les aider à maîtriser le sens de l’addition quelles que soient les circonstances.
 
• Enfin il serait intéressant d’aider les élèves à prendre conscience  de ces différentes situations additives pour qu’ils appréhendent mieux le sens de cette opération.
Ainsi il est souhaitable, dès le CE1, de proposer aux élèves des activités de “tri de problèmes” où ils seront invités à ranger les problèmes selon “qu’on réunit des éléments”, “qu’on les compare”, “qu’on transforme quelque chose” …
 
• Par ailleurs, comme nous le notions au début de cet article, la soustraction est une opération que l’on utilise dans ces mêmes situations additives et qui peut faire l’objet du même traitement.
• Les difficultés que les élèves rencontrent pour résoudre des problèmes résident quelquefois dans le fait qu’ils ne parviennent pas à reconnaître les caractéristiques des problèmes auxquels ils sont confrontés. Un travail, tel que celui qui est présenté dans cet article, leur permettant d’apprendre à identifier des problèmes différents faisant tous appel au calcul d’une addition ne peut que contribuer à réduire ces difficultés.
 
Cependant, il est utile de noter que cet aspect ne constitue que l’une des variables de complexité d’un problème. L’énoncé lui même, les nombres (plus ou moins grands), le vocabulaire utilisé, la proximité avec le sujet,… sont autant de variables qui peuvent simplifier ou complexifier la situation. Variables qu’il est nécessaire de prendre en compte lors de la résolution de problèmes.


[1] Classification proposée par Gérard VERGNAUD, cité dans “Apprentissages numériques et résolution de problèmes, Cours préparatoire” ERMEL, Hatier, Paris, 1991, page 119.


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