Apprendre à apprendre
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Xavier de Beauchesne
Formateur CEPEC



1- Entre apprendre et savoir
Depuis quelques années il n’est plus possible d’assigner à l’école élémentaire l’objectif de fournir à tous un savoir encyclopédique minimal. L’instruction élémentaire qui visait la maîtrise de “lire, écrire, compter” et les rudiments d’une culture de base n’est plus, loin s’en faut, suffisante pour s’adapter à la société d’aujourd’hui.

D’autre part de nombreux travaux démontrent qu’apprendre est une activité mentale complexe dont l’efficacité est proportionnelle à l’implication personnelle de l’apprenant dans le processus d’apprentissage. C’est à dire qu’il est nécessaire qu’il connaisse l’utilité de ce qu’il fait, qu’il en ait conscience, qu’il en soit l’acteur voire même l’auteur.
Il ne s’agit plus de faire acquérir, par tous, un minimum de connaissances de base mais de permettre à chacun, pour mieux apprendre, d’acquérir les méthodes de travail, les connaissances, l’ouverture et la curiosité dont il aura besoin.

Ainsi se sont rajoutés aux acquis fondamentaux tels que lire, écrire, … des apprentissages sur les méthodes de travail, les démarches de pensée, les “façons de faire”. On n’apprend plus seulement une poésie mais aussi à mémoriser. On ne s’intéresse plus seulement aux résultats d’une situation problème mais à la façon d’y parvenir.

Ainsi apprendre à apprendre fait partie du bagage que peut acquérir un élève à l’école. Il ne s’agit pas d’une discipline nouvelle qui s’accomplirait en dehors de tout contexte disciplinaire traditionnel. Il s’agit plutôt de développer la capacité d’apprendre pendant et pour l’acquisition d’apprentissages nouveaux. C'est pourquoi apprendre se distingue de savoir. Le premier permet d’acquérir des connaissances quand le second ne permet que d’utiliser des connaissances acquises. Apprendre à apprendre n’est donc pas apprendre à savoir mais apprendre à acquérir des savoirs. La nuance est importante !

Il est, dès lors, essentiel dans les classes primaires de mettre en place des situations d’apprentissage dans lesquelles les élèves sont entrainés à identifier les connaissances et les démarches utilisées, les savoirs à acquérir, les liens avec tel autre apprentissage et les réinvestissements possibles dans d’autres situations.
Il ne s’agit pas d’enseigner à nos élèves comment se poser toutes ces questions avant de commencer ou pendant le travail. Apprendre est une démarche intellectuelle qui se développe dans l’action. Pour aider un élève à apprendre, il faut qu’il puisse prendre conscience de ce qu’il fait et notamment de ce qu’il réussit. Il est également important qu’il ait la possibilité d’échanger avec d’autres sur ses manières de faire, qu’il en expérimente de nouvelles pour en analyser les effets, bénéfiques ou non, et qu’il puisse enfin adopter la meilleure démarche en fonction de la situation.

De cette façon l’élève se construit son comportement d’apprenant, il adapte selon les circonstances ses façons de faire, ses prises d’informations, leur traitement en fonction de sa propre démarche.
Ces remarques renforcent la nécessité de construire les séances d’apprentissage sur la base de situations complexes.
 
2 - Quels outils pour la classe
Pour s’exercer à faire des liens : le journal de bord
L’une des difficultés des élèves est de faire des liens entre toutes les activités, vécues en classe, et entre ces activités et d’autres situations plus générales voire extérieures à l’école. Il n’est pas rare qu’ils sachent approximativement décrire ce qu’ils ont fait en classe sans pouvoir expliquer exactement l’apprentissage visé, le sens de la notion abordée.
Travailler une notion ne suffit pas. Il est nécessaire que l’élève se questionne sur ce qu’il a fait, ce qu’il a appris, à quoi cela lui sert... Certains dispositifs permettent de l’aider dans sa compréhension du travail accompli en classe.

Exemple
Un journal de bord rempli avec les enfants permettra :
       de faire le point sur ce qu’ils sont en train d’apprendre et la manière de s’y prendre ;
       d’expliciter des manières de procéder par verbalisation et analyse des diverses démarches utilisées.
       de se souvenir au début du cours suivant des travaux faits précédemment.
       de nommer ce qu'il reste à faire : productions ou apprentissages…
On peut présenter le journal de bord de la manière suivante :
 
JOURNAL DE BORD
Discipline :.....................................................
Date : ..............................................................
En ce moment nous apprenons : .................................................................................................................................................. ..............
Pour cela nous avons fait : ........................................................................................................................................................... ..............
Il nous reste encore à faire ou à apprendre : ............................................................................................................................
...........................................................................................................................................................................................................
Cet outil est un excellent support de discussion et de réflexion. Il doit être rempli par les élèves non comme une obligation mais pour faire la synthèse des travaux engagés et de  l’apprentissage qui en découle…
Dans un premier temps il sera certainement nécessaire d’apprendre collectivement à le remplir pour bien différencier les rubriques, notamment ce qui a été fait et ce qui a été appris. Par la suite il sera profitable que les élèves puissent le remplir à quelques-uns (par groupe de 2 ou 3). Il ne s’agit pas que tous écrivent la même chose. Il n’y a pas de bonnes ou mauvaises réponses puisqu’il s’agit d’expliciter les représentations que les élèves ont de ce qu’ils apprennent. En cela cet outil constitue aussi un outil d’évaluation qui permet à l’enseignant de réguler ses propositions.

Pour identifier des aides pour apprendre : le joker.
Lors d’un apprentissage, il est parfois difficile d’être seul. Les autres élèves ou le maître sont souvent de précieux soutiens. Encore faut-il les employer à bon escient et savoir tirer profit de l’échange.
 
Dans le cas d’une activité complexe il peut être intéressant de proposer aux élèves de prendre connaissance du travail, de la consigne et de choisir un nombre de “jokers” afin de résoudre le problème posé. Un joker donnant la possibilité de questionner l’enseignant ou un autre élève.
Droit de questionner
JOKER
Droit de questionner
Bien entendu ce choix s’accompagne d’explication.
Exemple d’explications données par un élève :
Je choisis 3 Jokers, le premier pour vérifier si j’ai bien compris la consigne, le deuxième pour expliquer ces deux mots que je ne comprends pas et le troisième pour savoir si ma réponse est la bonne.
Il ne s’agit pas de prendre le plus de jokers possibles, mais de choisir ceux qui aideront dans la résolution.
 
La mise en commun des raisons pour lesquelles chacun a choisi ses jokers, les critiques “après coup” quant à leur bien fondé ou non… sont autant d’aides à l’apprentissage. Il ne s’agit plus de connaître telle notion, ou telle démarche de résolution mais d’apprendre à résoudre un problème en anticipant sur les obstacles à franchir, en faisant des choix…
 
Pour choisir sa démarche
 
Il n’est pas toujours aisé pour un élève d’adopter une démarche différente et éloignée de celle qu’il privilégie spontanément.
Ainsi, certains ont besoin de lire avant de commencer un travail, d’autres de s’essayer à la tâche à partir de consignes peu précises puis de les lire pour clarifier sa compréhension. Certains aiment entendre plusieurs avis, lorsque d’autres veulent commencer seuls…
 
Le problème posé par ces démarches différentes est double. D’une part les élèves n’ont que rarement conscience des démarches qu’ils privilégient et d’autre part les enseignants, même s’ils connaissent bien leurs élèves, ne sont pas en mesure de proposer à chacun la démarche qui lui convient le mieux.
 
Et pourtant, pour l’apprenant,  connaître la démarche qu’il privilégie dans tel type de situations, savoir qu’il en existe d’autres, pouvoir choisir parmi ces démarches celle qui lui convient … sont autant d’apprentissages nécessaires. Un des rôles de l’enseignant est donc de mettre en oeuvre des situations qui facilitent la maîtrise par les élèves de différentes démarches.

Exemple
Il est possible ainsi lors de certaines productions de proposer aux élèves plusieurs manières de faire. Ils peuvent alors choisir entre :

Travailler à partir d’un exemple

Travailler à partir de plusieurs exemples

Travailler d’abord en groupe pour prévoir de qu’on va faire puis le faire seul

Travailler seul sans exemple.

Produire tout de suite

Commencer seul, puis avec un autre élève comparer les productions obtenues, les retravailler seul ensuite

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Laisser le choix aux élèves, leur permet d’anticiper sur leurs manières de faire. Il ne s’agit pas de choisir au hasard mais réellement en fonction de ses préférences.
A l’aide de cet outil les élèves peuvent noter le choix qu’il font  à l’occasion de chacune des situations où la démarche à adopter est laissée libre. Progessivement ils prennent ainsi conscience des démarches qu’ils privilégient et des situations dans lesquelles ils les adoptent.
Comme les autres outils, celui-ci n’est qu’un prétexte pour développer sa capacité d’apprendre.
Il faut, comme précédemment, accompagner ce choix par un échange :

Pourquoi avoir privilégié cette démarche
 ? Quelle démarche je ne choisirais pas ? Pourquoi  ? Qu’est-ce que j’en pense après coup ? …

Ce questionnement est nécessaire. Il permet aux enfants de choisir en connaissance de cause de se connaître mieux, d’être plus efficaces dans d’autres travaux. Un choix qui ne serait pas  commenté, justifié, ne permettrait pas à l’élève de savoir réinvestir ses acquis.
Au cours de l’année il peut être demandé aux élèves d’essayer toutes les démarches, d’en faire une critique, d’en proposer d’autres…


3- Une équipe, des idées
Ces trois exemples montrent la possibilité de développer chez les élèves leur capacité à apprendre. Il s’agit de profiter d’une leçon, d’une production, d’un travail en classe pour aider l’élève à apprendre à apprendre.
On peut en équipe travailler aussi sur cette dimension en échangeant entre collègues sur des manières d’aborder une situation. Lorsque quatre enseignants discutent de quatre façons différentes de proposer un apprentissage, ils s’approprient ainsi quatre possibilités à utiliser ensuite en classe avec leurs élèves.

Les conseils pour réussir
souvent travaillés en classe peuvent être préparés en équipe non pour les donner tel quel aux élèves mais pour leur proposer des situations s’y référant.


Conclusion :
Apprendre … en apprenant
Apprendre à apprendre est maintenant passé dans le langage courant. Mais il ne s’agit pas d’introduire dans l’enseignement une nouvelle discipline à dominante méthodologique. Il s’agit plutôt de trouver, dans toutes les situations, quelle pourrait être la part de l’élève, quelle sera son action sur ce qu’il apprend, quelle prise de conscience il aura de sa manière d’agir, quelle représentation il aura de l’objet d’apprentissage…
C’est parce qu’il apprend dans toutes les disciplines et qu’il en parle que l’élève enricihira ses manières d’apprendre.

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