| Editorial : Débat national sur l'avenir de l'école |
par Alfred BARTOLUCCI
Le ministre de l'Education nationale, Luc Ferry, a donné lundi 1er septembre 2003 le calendrier du débat national sur l'avenir de l'école. Celui-ci se tiendra en novembre et décembre.
En septembre, une commission nationale chargée de piloter le débat a été mise en place par le gouvernement. Fin octobre, le Haut conseil de l'évaluation de l'Education nationale a présenté un "diagnostic réaliste sur l'état de l'école". La commission nationale devra ensuite élaborer en février-mars 2004 un compte rendu des débats. Enfin, le parlement devrait être saisi d'un projet de loi d'orientation sur l'éducation à l'automne 2004.
Ce nouveau texte devrait réformer la loi d'orientation du 10 juillet 1989 qui avait placé l'élève "au centre du système éducatif" et proposait que tout jeune puisse atteindre "un niveau de formation reconnu".
Les constats sur l'évolution du collège sont en partie bien identifiés : la commission DUBET avait fait sous le ministère ALLEGRE, un travail remarquable. Les réponses, en ce temps-là, avaient été plus pédagogiques que politiques.
Aujourd'hui, les hésitations ministérielles sur la mise en place de pratiques interdisciplinaires (IDD) ainsi que les orientations récentes relatives aux dispositifs d'alternance essentiellement tournées vers l'enseignement professionnel, proposées seulement à certains élèves en rejet scolaire, pourraient montrer un changement de cap pour le collège.
Cherche-t-on à remettre en cause le collège comme école moyenne de tous les jeunes français, dispensant à tous une culture commune sur un horizon européen ? Prend-on en compte pragmatiquement des dysfonctionnements forts du collège tel qu'il est ?
Dans tous les cas il serait utile de placer le futur débat sur les limites certes mais surtout sur les enjeux d'un collège pour tous, au-delà des slogans faciles et des visions simplificatrices.
Disons le tout net il peut être tentant de remettre en cause le collège comme " enseignement fondamental ".Les arguments avancés par certains ne manquent pas :
- Hétérogénéité grandissante "puisqu'on y accueille à présent la totalité d'une classe d'âge" et malaise lourd des enseignants face à un métier de fait différent. L'hétérogénéité est vécue comme un obstacle, sa " réduction hypothétique " absorbe une grande part de l'énergie des initiatives pédagogiques.
- Absence de clarté des objectifs poursuivis, flou complet sur ce que l'on nomme culture commune et sur ce que sont les connaissances ou les compétences de base (au-delà des grandes généralités : lire, écrire, compter).
- Difficulté à concevoir un collège pour tous quand les matrices de fonctionnement sont calquées sur "le lycée d'enseignement général " et que le modèle de collège intériorisé par bien des enseignants reste " le collège propédeutique du lycée".
- Difficulté à diversifier les cursus pour répondre à la diversité des intelligences et des maturités alors que les disciplines se présentent comme indispensables et à maîtriser simultanément.
Difficulté à interroger les disciplines pour identifier les savoirs interdisciplinaires essentiels à la formation première du collégien, ce qui offrirait une alternative à l'impossible encyclopédisme et à l'inacceptable culture spécifique.- Multiplication chaotique des dispositifs d'aides jamais réellement évalués dans leurs effets : souvent conçus en périphérie, juxtaposés, sans lien et sans sens. Même quand ils n'ont pas pour but une filiérisation déguisée, ils sont plus orientés vers l'action compatissante que vers le développement de compétences essentielles.
- Réformes vécues comme à répétition, semblant ignorer la durée et la constance, brillant par la qualité " pédagogique " des textes mais choisissant d'ignorer les verrous à leur mise en uvre ; cela discrédite le changement et renforce le sentiment d'impasse.
- Diversité des collèges. La diversification des parcours préconisée par les textes a favorisé sous ce couvert la mise en place de voies d'excellences (classes bilingues entre autres) où se retrouvent majoritairement les enfants des parents dont l'origine sociale autorise à poser des exigences " propres " à l'école.
Ainsi à côté de l'idée communément admise de l'échec massif du collège existe aussi le constat que le collège est terriblement inégalitaire.
Un débat sur le collège est nécessaire. Mais le positionnement du questionnement à engager est délicat ; il relève d'un choix hautement politique. Il faudra ne pas succomber à une approche causale où il suffirait de " trouver " quelques causes (hétérogénéité, discipline ) pour proposer des réponses-remèdes qui règleraient tout. Il est essentiel de lire le collège comme une institution de la complexité, donc multiplicité des problèmes qui s'enchevêtrent et absence de solution unique !Interpeller les dysfonctionnements du collège tel qu'il est sans questionner le choix des domaines de formation, la définition des programmes de ces domaines, l'organisation du temps (sortir du cloisonnement et de l'atomisation), la définition du service des enseignants, les modalités de regroupement c'est opter pour des changements qui, quoi qu'on en dise parce qu'ils ne touchent pas à " la forme scolaire ", mettront fin à l'idéal d'un " collège démocratique ".
Ainsi le collège deviendrait un lieu " officiel " de distillation sociale fractionnée. Un système qui très vite serait assimilé à un service de consommation piloté par " l'offre et la demande ", cherchant à répondre au mieux à la loi du marché. Aucun doute, un tel collège est plus facile à concevoir ; aucun doute certains des dysfonctionnements actuels seraient " manifestement " résolus. Mais est-ce bien le collège que l'on " souhaite " ?
![]()
Retour accueil CEPEC. | Contact: accueil@cepec.org | Page mise à jour le 24/11/03